La biométhanisation : une bonne solution?

LETTRE OUVERTE

Consultations de la Ville de Québec sur le futur centre de biométhanisation

La biométhanisation : une bonne solution?

Capture d’écran 2019-02-06 à 08.44.33Ayant pris du retard dans la mise en place de mesures permettant d’atteindre les objectifs de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles, notamment de récupérer 60 % de ses matières organiques, la ville de Québec s’apprête à construire l’un des plus importants et complexes centres de traitement de la matière organique en développement en Amérique du Nord[i]. La ville de Québec présente le Centre de biométhanisation de l’agglomération de Québec (CBAQ) comme étant un projet vert, car il permettrait de contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre issue de l’incinérateur[ii], de produire du biogaz et d’utiliser le sous-produit final, le digestat, comme engrais en agriculture ou comme compost[iii]. Voilà le côté givré utilisé par la ville de Québec pour vendre ce projet.

Toutefois, il y un côté salé dans ce projet qui mérite d’être connu par la population et qui mérite qu’un débat démocratique et transparent soit tenu quant à la valeur réelle de ce projet pour la santé des citoyen.ne.s et pour l’avenir de la planète à l’ère de l’urgence climatique. Voici quelques éléments de ce côté salé. D’abord, parlons du choix fait par la ville de privilégier la biométhanisation plutôt que le compostage pour traiter des matières organiques. Pourquoi avoir fait ce choix alors qu’une étude de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) réalisée en 2014 a démontré que la voie du compostage des matières organiques est une voie plus prometteuse pour les municipalités que celle de la biométhanisation[iv]? Pourquoi la ville continue-t-elle de retarder le ramassage des matières compostables et de le lier au projet de biométhanisation? Pourquoi avoir choisi de construire le CBAQ dans le quartier Limoilou : un quartier déjà en cumul de risques pour la santé de sa population en raison d’une concentration excessive d’équipements industriels[v] ? Pourquoi avoir privilégié l’utilisation de sacs de plastique, qu’on peut estimer entre 7 et 15 millions par année[vi], pour la récupération des matières organiques et cela à l’encontre d’une tendance mondiale des pays et des villes adoptant des mesures visant le bannissement des objets de plastique à usage unique ? Enfin, pourquoi avoir refusé, en 2015, les demandes du Conseil de quartier de Maizerets[vii] de tenir une consultation publique sur ce mégaprojet d’usine de biométhanisation ? Et beaucoup d’autres questions concernant les coûts et les choix technologiques privilégiés, les débouchés réels de vente de gaz et du digestat, sur les nouveaux risques environnementaux (problèmes d’odeurs et risque de fuites de produits toxiques[viii]), etc. doivent d’abord être répondues avant que ce projet se réalise.

Considérant le refus de la ville de Québec de donner suite à la demande de consultation publique du Conseil de quartier Maizerets; considérant les enjeux environnementaux et de santé et des impacts à moyen et long terme sur la population de Limoilou; considérant le caractère expérimental et hasardeux de plusieurs choix technologiques privilégiés; considérant que 124,5 millions $ de ce projet seront financés à même nos taxes et impôts payés à la ville de Québec (64,3 M$), au gouvernement du Québec (43,6 M $) et au gouvernement fédéral (16,6 M$)[ix]; nous demandons au ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte conte les changements climatiques (MDDELCC), monsieur Benoit Charette, que soit tenue une consultation publique en vertu de l’article 14 du Règlement relatif à l’évaluation et l’examen des impacts sur l’environnement de certains projets (chapitre Q-2, r. 23.1), et, afin d’assurer l’indépendance et la transparence de cette consultation, que celle-ci soit tenue par le BAPE (Bureau d’audiences publiques sur l’environnement).

 

 

Jean-Yves Desgagnés, Réal Caron, Mathieu Goulet et Véronique Laflamme

Mouvement pour une ville Zéro déchet

[i] Roche-Electrigaz (2014). Centre de biométhanisation de l’agglomération de Québec (CBAQ) : rapport d’études. Disponible en ligne à https://www.ville.quebec.qc.ca/apropos/planification-orientations/matieres-residuelles/valorisation_matieres_organiques/docs/cbaq_rapport_etudes_vol1_20140925.pdf

[ii] Agglomération de Québec (2014). Plan de réduction des gaz à effet de serre 2011-2020. Disponible en ligne à : https://www.ville.quebec.qc.ca/apropos/planification-orientations/environnement/changements-climatiques/docs/plan_reduction_gaz_effet_de_serre_2011_2020.pdf

[iii] Ville de Québec (2019). Valorisation des matières organiques. Disponible en ligne à https://www.ville.quebec.qc.ca/apropos/planification-orientations/matieres-residuelles/valorisation_matieres_organiques/index.aspx

[iv] Provost, C. & Laplante, R. (2014). Du flou dans les calculs de l’eau dans le gaz. IREC

[v] Un incinérateur municipal, une entreprise d’entreposage et manipulation de produits chimiques, pétroliers ou tout autre type de liquide (IMTT), un récupérateur de métaux non ferreux (AIM) situé dans la zone industrielle La Canardière, une usine de pâtes et papiers (White Birch), et une usine de fabrication de papiers résistants aux matières grasses, du papier à dessin et du papier pour application médicale et industrielle (Glassine Canada).

[vi] Cette estimation est basée le nombre de ménages de l’agglomération de Québec estimé à environ 290,000 en 2016. L’estimation maximale repose sur l’hypothèse que chaque ménage utilise au moins 1 sac de plastique par semaine (290,000 X 52 semaines), alors que l’estimation minimale repose sur l’hypothèse d’utilisation d’un sac de plastique au deux semaines par ménage (290,000 x 26 semaines)

[vii] Conseil de quartier Maizerets (2015). Résolution 11-CA-18.

[viii] MDDLCC (2018). Lignes directrices pour l’encadrement des activités de biométhanisation. Disponible en ligne à : http://www.environnement.gouv.qc.ca/programmes/biomethanisation/lignes-directrices-biomethanisation.pdf

[ix] Ville de Québec (2019). Valorisation des matières organiques. Disponible en ligne à https://www.ville.quebec.qc.ca/apropos/planification-orientations/matieres-residuelles/valorisation_matieres_organiques/index.aspx

Pollution de l’incinérateur et dangerosité pour la population: La Ville de Québec doit adopter un plan de fermeture graduelle

capture-d_ecc81cran-2018-11-11-acc80-18-06-26.pngQuébec, le 12 novembre 2018 – La Ville de Québec doit adopter un plan de fermeture graduelle de son incinérateur. Telle est la réaction du Mouvement pour une ville Zéro déchet suite à la sortie d’un expert en santé communautaire, monsieur Slavko Sebez, selon lequel le ministère de l’Environnement minimise les impacts des émissions polluantes. Cet expert indépendant, ayant travaillé pendant 15 ans à la direction de la santé publique et représentant celle-ci pendant 10 ans au Comité de vigilance de l’incinérateur (CVI), a constaté des lacunes importantes dans la méthodologie d’analyse employée par le ministère de l’Environnement pour le suivi de l’incinération des matières résiduelles. La sortie de cet expert confirme les inquiétudes de longue date des citoyens des quartiers centraux et des membres du Mouvement pour une ville Zéro déchet concernant les risques inhérents à la santé publique posés par le fonctionnement de l’incinérateur de la ville de Québec.

Quant à la réponse de la responsable de l’environnement au comité exécutif de la Ville de Québec, madame Suzanne Verreault, Mathieu Goulet, l’un des porte-parole du Mouvement, ne la juge pas rassurante. « Nous reconnaissons les efforts effectués par la ville dans la modernisation de l’incinérateur, notamment l’installation de distributeurs de charbon et son intention d’ajouter prochainement des brûleurs dans les fours. Cependant ces efforts s’appliquent uniquement à réduire la toxicité de ce qui sort de l’incinérateur et non pas la réduction de tout ce qui y entre. En réduisant ce qui est incinéré, on réduirait le volume des émissions polluantes émises, d’ajouter monsieur Goulet.

Selon un autre porte-parole du mouvement, Jean-Yves Desgagnés, « si la Ville de Québec veut faire passer le taux de redirection des matières ailleurs qu’à l’incinération de 55% à 82% en dix ans, un objectif énoncé dans sa Vision 2018-2028, il faut passer d’un paradigme de gestion industrielle des matières résiduelles à un paradigme social soit celle d’une Vision Zéro Déchet. Au moment où des milliers de personnes se mobilisent pour une transition écologique, la gestion des matières résiduelles est un dossier bien concret sur lequel la ville peut et doit agir rapidement. L’ampleur de ce qui est à faire en écologie est trop grande pour se contenter de demi-succès ou d’accepter de se faire embellir la réalité ». Pour véritablement atteindre cet objectif, le Mouvement pour une ville Zéro déchet exige de la Ville de Québec un suivi serré de son plan de mise en œuvre (PMO), de la transparence pour que tous les citoyens puissent suivre les progrès réalisés, et des moyens concrets démontrant son efficacité, notamment un échéancier de fermeture graduelle de l’incinérateur, un four à la fois.

Concernant le suivi des matières toxiques émises par l’incinérateur, le Mouvement pour une ville Zéro déchet demande l’augmentation en quantité et en durée des campagnes d’échantillonnage. « Actuellement, d’ajouter Mathieu Goulet, les opérations d’incinération s’effectuent sans que nous sachions réellement l’état de la situation. Il faut arrêter d’avancer à l’aveugle en se croisant les doigts pour qu’il n’y ait pas de dépassement durant les campagnes d’échantillonnage. Ceci est primordial pour regagner la confiance des citoyens et pour améliorer la qualité de l’air dans les quartiers centraux ».

Le Mouvement pour une ville Zéro déchet a comme objectif d’amener la ville de Québec à appliquer une politique écologique d’utilisation des ressources et une gestion saine des matières résiduelles, qui tend vers le Zéro déchet, comme plusieurs autres villes canadiennes et nord-américaines l’ont déjà fait et que cette politique se traduise par la fermeture progressive d’un, deux, trois fours de l’incinérateur dans les prochaines années. Pour en connaitre davantage sur ce mouvement, et joindre celui-ci, la population est invitée à consulter son site internet à https://villezerodechet.org/ ou sa page Facebook à https://www.facebook.com/VilleZeroDechet/.

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Pour informations :

Mathieu Goulet, 418- 803-2234 ou Jean-Yves Desgagnés, 418-262-0387

 

Vision 2018-2028 de la ville de Québec pour la gestion des matières résiduelles: une ambition tardive

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Québec, le 15 mai 2018 –  Le Mouvement pour une Ville zéro déchet réagit de façon mitigée à la Vision 2018-2028 pour une saine gestion des matières résiduelles, dévoilée le 15 mai par la Ville de Québec pour la mise en œuvre de son récent Plan métropolitain de gestion des matières résiduelles (PMGMR). Le Mouvement salue la présence de nombreuses mesures intéressantes, mais s’inquiète de l’insuffisance de mécanismes de suivi assurant une réelle atteinte de ces objectifs, à la lumière du peu de résultats obtenus par la Ville dans la mise en œuvre de son PGMR de 2004. Le regroupement déplore que plusieurs mesures prévues dans la Vision 2018-2028 étaient déjà prévues dans le plan d’action du PGMR précédent, mais n’aient jamais atteint leur plein potentiel.

Le passé garant de l’avenir?

« Le Mouvement salue l’objectif de 82% de redirection des matières résiduelles, mais encore faut-il réussir à l’atteindre », nuance Mathieu Goulet, un des porte-parole du Mouvement. « Nous sommes déjà en retard d’au moins 10 ans sur nos ambitions en réduction des matières résiduelles, on ne peut pas se permettre d’échouer ». Parmi les bonnes nouvelles, le Mouvement souligne l’effort pour mieux gérer les matières putrescibles, notamment en luttant contre le gaspillage alimentaire; le retour du financement municipal au compostage domestique et communautaire, coupé depuis de nombreuses années; l’ensemble des mesures d’information, de sensibilisation et d’éducation (ISÉ); l’arrivée d’un nouvel écocentre dédié aux institutions, commerces et industries ainsi que l’établissement de deux nouveaux écocentres citoyens, un mobile et l’autre fixe.

Cependant, le Mouvement, qualifie de réchauffées plusieurs de ces mesures. « Déjà en 2005 la Ville nous disait qu’elle voulait être exemplaire dans ses propres bureaux, financer le compostage domestique et communautaire et prévoyait 5$ par porte dans l’information et la sensibilisation, pour ne nommer que ces exemples » atténuent Véronique Laflamme, une autre membre du Mouvement. « À cet égard, il ne faut pas que le passé soit garant de l’avenir » s’inquiète-t-elle en soulignant la faiblesse de la reddition de compte. « Cela est nécessaire si on veut éviter que le même scénario ne se répète », conclut-elle. De plus, le Mouvement souhaite que le suivi soit effectué par un organisme qui a une indépendance par rapport à la Ville.

Déception concernant l’incinérateur

Selon le Mouvement, l’incinérateur est l’éléphant dans la pièce du plan de la Ville. Vision 2018-2028 prévoit une campagne de mesure de la performance de l’incinérateur ainsi que l’ajout de brûleurs et de distributeurs de charbon. Cependant, alors que celui-ci continue de dégager des émanations toxiques malgré les sommes englouties dans sa modernisation, la Ville ne prévoit pas de fermeture, même graduelle des fours, telle que prévu au PGMR 2005-2011. « La qualité de l’air et la santé publique sont totalement absentes du discours» déplore Jean-Yves Desgagnés, autre porte-parole du Mouvement. Celui-ci décrie que la Ville laisse croire que la fermeture de fours se traduirait nécessairement par une augmentation du recours à l’enfouissement. « Si on réduit réellement la quantité de déchets produits et qu’on réussit comme on le souhaite à valoriser les matières en réduisant à la source, en recyclant et réutilisant, nous n’aurons besoin ni de l’incinération, ni de l’enfouissement, il y aura simplement moins de déchets » explique Jean-Yves Desgagnés. Les membres du collectif de citoyennes et de citoyens à la base du Mouvement réitèrent leur opposition à la valorisation énergétique, invoquée pour maintenir l’incinérateur en fonction, qui constitue selon eux un coûteux gaspillage de ressources valorisables.

Le Mouvement pour une Ville Zéro Déchet, formé il y a quelques mois à l’initiative d’un collectif de citoyennes et de citoyens, poursuivra ses activités, notamment pour s’assurer du suivi des objectifs de la ville et lui demander de faire davantage. Il obtient l’appui d’une vingtaine d’organisations et de 800 citoyen.ne.s qui ont signé sa déclaration. Il a d’ailleurs rassemblé une soixantaine de personnes le 22 avril pour le Jour de la Terre. Pour en connaitre davantage sur ce Mouvement, où joindre celui-ci, la population est invitée à consulter son site internet à https://villezerodechet.org/ ou son compte Facebook à https://www.facebook.com/VilleZeroDechet/.

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Pour informations et demandes d’entrevue :

Jean-Yves Desgagnés : 418 262-0387